Ry Cooder, quelque part dans les années 70...
Au printemps 71, les Rolling Stones sortent leur nouvel album "Sticky Fingers " avec sa pochette à fermeture éclair, aussitôt célèbre.
Sticky Fingers (Je signale pour les plus jeunes qu'à cette époque les disques font 30 cm et sont enveloppés dans un carton au moins de même taille. Il est donc possible d'imaginer les trucs les plus fous quand on veut vraiment se faire remarquer et le contenant a souvent plus d'attrait que le contenu. Avec le CD, aujourd'hui, c'est nettement plus difficile).
Refermons la braguette du Rolling Stone et écoutons plutôt ce qu'il a à dire.
La première face est très bonne; au milieu de la deuxième face, après un truc lambinant genre slow-de-l-été (Angie en moins bien) apparaît Sister Morphine (dont le titre n'a évidemment pas facilité la diffusion). La chanson est vraiment glauque, le climat pour le moins malsain mais, mais, mais, vers la cinquantième seconde, on entend arriver un son totalement inconnu, en accompagnement d'abord, puis franchement en solo.

Je me souviens qu'à l'époque le choc avait été sévère. Je cite de mémoire:
"-Hé, qu'est-ce que c'est ? -Ben, du/de la slide... -Ugh... et qui c'est qui fait ça ? -Euh ! Jetons un œil sur les notes... un certain R.Cooder... -Roger Couderc ??? ".

Encore maintenant, un quart de siècle après, c'est toujours aussi bien.
Parfois je me demande si ce n'est pas ce morceau qui m'a poussé à jouer du bottleneck, faudra que je demande à mon gourou.

Au moment de cet enregistrement, Peter Ryland Cooder a 23 ans et est déja un musicien de studio confirmé, respecté par ses pairs mais totalement inconnu du grand public. Il faut dire qu'il n'y met pas vraiment du sien : d'abord il joue des trucs absolument insensés à la guitare, à la mandoline ou au ukulélé, qu'il va chercher dans le répertoire des années trente et qu'il enregistre avec des mecs tout aussi doués mais tout aussi inconnus.
Ensuite c'est tout sauf une star : sur la pochette de son deuxième album solo qui parait en 72, juste après les Stones donc, il n'y a absolument RIEN -juste une (mauvaise) photo de lui en noir et blanc et ce titre "Boomer's Story " (et son nom, quand même...).
Boomers Story
Bop Till You Drop Pour les albums suivants, les pochettes sont un peu plus chatoyantes (sans que la musique en souffre). Je vous conseille absolument "Bop Till You Drop " qui a, en prime, un son fabuleux car enregistré et mixé en numérique en 79 (quelques années avant de sortir en C.D.)
Mais la consécration arrive enfin... (Vous allez vous apercevoir que vous connaissez tous Ry Cooder).

En 1984, Wim Wenders remporte la palme d'or à Cannes pour "Paris, Texas ".
Même si vous avez surtout regardé Nastassia Kinski (et je vous comprends) , vous vous souvenez de la musique.
(ce ne sont pas les feuilletonistes ringards qui mettent du slide chaque fois qu'ils tournent une scène dans le désert qui me contrediront.)

Parmi les prestations récentes de notre homme, signalons que les Chieftains lui ont réservé une place de choix sur leur dernier album "The Long Black Veil ".
Voilà encore des gens dont le talent égale la modestie; ce sont des irlandais (il était fatal qu'on en trouve dans ces pages !-).
Long Black Veil
Chroniques